Je ne crois pas au hasard. Mais il y a tout de même certaines rencontres qui paraissent surréalistes. C’est le cas de ma rencontre avec Samuel « S-cape » Buisseret, réalisateur de la génialissime websérie SaturdayMan, lors du Toulouse Game Show 2012. Une venue en « outsider » pour l’équipe de SaturdayMan, un retour en véritable coup de coeur du public. Mon amour pour cette websérie est tel, que j’ai pu durant ces 3 dernières années garder un contact privilégié avec Samuel. Grand adepte de l’autodérision, Samuel est avant tout un acharné du travail, capable de réécrire cent fois le scénario d’un épisode si cela ne lui convient pas.

Samuel, avant d’attaquer le coeur du sujet, cela me ferait énormément plaisir si tu pouvais présenter en quelques mots SaturdayMan. D’où est venu le concept ? Quelles sont tes meilleurs souvenirs de tournage ?

saturdaymanPosterHd14Salut Fabien ! Juste une petite précision avant tout, S-cape est mon pseudonyme de musicien uniquement. Quant à SaturdayMan, c’est avant tout un accident. Au début, il s’agissait juste d’un faux générique dans le style des musclés, puis c’est devenu un clip, puis un court métrage, et finalement… une série. SaturdayMan est le héros de la fête. C’est un héros que nous avons tous au fond de nous, sauf pour quelques grincheux. Son but est d’aider le Dr Doyobi, joué par Marcus, à combattre le vil Grand Sommeil qui veut que l’humanité s’endorme à 22h tous les soirs… Si ce pitch est résolument simpliste, nous nous efforçons en revanche d’injecter beaucoup de sens critique et de multiples niveaux de lecture à nos histoires…

Bien, attaquons-nous maintenant à la partie jeux vidéo ! Tu disposes d’une importante collection retrogaming. Peux-tu me parler de ces acquisitions ? Pourquoi t’es-tu tourné vers le rétro, malgré le flux incessant d’excellents jeux ? Dans cette collection, y-a-t’il une pièce que tu affectionnes tout particulièrement ?

Je possède en effet 17 consoles. Honnêtement, je ne fais pas de différence entre le rétro et le next gen. Je joue, tout simplement. Je ne suis pas un collectionneur. Je ne recherche pas les titres pour leur rareté ou leur valeur, la seule chose qui m’intéresse c’est l’expérience du jeu. C’est pour ça que je ne garde aucune boite qui ne pourrait que se détériorer et perdre sa valeur avec le temps. Je les échange ou revends toutes. Par contre j’accorde beaucoup d’importance à la qualité de l’expérience : un écran CRT, les pads d’origine, etc… Je déteste l’émulation autant qu’un film en camrip. Sauf dans le cas de ma dernière acquisition : la RetroN5. On a entendu tout et n’importe quoi sur cette machine mais je vais te dire : elle déchire. Son seul vrai défaut est la latence impardonnable qu’il y a sur snes et gb, le reste est juste grandiose.

Tu t’es récemment lancé dans le « CartMod ». Peux-tu m’expliquer brièvement le principe et les avantages que cela peut avoir ? Est-ce abordable à tout le monde ?

A vrai dire je n’ai toujours pas monté ma première cartouche… Mais j’y compte bien en effet ! Le cartmod consiste à remplacer la ROM (le jeu quoi…) d’une cartouche existante par une autre ROM, en gravant une puce et en la soudant à la PCB de la cartouche. C’est plutôt simple dit comme ça mais c’est un peu plus compliqué dans le détail. L’avantage est par contre énormissîme : jouer à Final Fantasy 6 en français, Starfox 2, Zelda Parallel Worlds, Brutal Mario, etc… sur la console d’origine dans des conditions optimales ! C’est un peu comme si des jeux continuaient à sortir sur les consoles rétro ^^.

Pour remercier Marcus de son implication dans SaturdayMan, tes amis et toi avez réalisé un objet dont je suis ultra jaloux : une table basse en forme de manette de NES, totalement fonctionnelle. Comment vous est venue l’idée ? La création s’est-elle déroulée « sans accroc » ?

L’idée venait de feu Jonathan Trovato, mon cousin, qui interprétait Force Drunk dans SaturdayMan et qui est malheureusement décédé l’année passée. Un jour, je partage la vidéo de la première table NES, créée par un anglais je crois, et mon cousin m’appelle en me disant « dis, tu sais que je suis menuisier ? » et on s’est lancé sans trop savoir ce qu’on allait faire. Mais très vite est venue l’idée de la spécificité de notre version : faire une réplique exacte à l’échelle 1/10, avec les moulures, l’inclinaison des côtés, le « made in » à l’arrière, le trou des visses, même le câble à l’échelle, et reproduire les textures avec précision. Nous étions 3 : mon cousin Jonathan, Dominique Carlier (qui jouera plus tard le rôle du Grand Sommeil et s’occupera des FX sonores de SaturdayMan) et moi. Pour ne rien gâcher, nous avons mis une NES fonctionnelle dedans et bien entendu fait de la table entière le port 1 manette, fonctionnel. C’était véritablement une succession de défis qui nous a permis d’apprendre à bosser dur ensemble et aller au bout de nos idées sans rien lâcher, ce qui nous fut très profitable dans l’aventure SaturdayMan qui succéda aux tables NES.

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Marcus's victory

Tu as participé à plusieurs épisodes de « 360 minutes pour survivre », émission animée par notre ami OF THE DEAD Sparadrap, de la (web)série Noob. Cependant, tes participations étaient lors de salons, pour lesquels l’émission se voyait raccourcie à 60min. Quel effet cela fait-il de se retrouver face à un jeu, souvent inconnu, et d’avoir comme défi de le terminer en moins d’une heure ?

C’est hyper excitant et méga flippant à la fois. Même si le public geek est plutôt bon enfant, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que j’avais intérêt à assurer sinon c’était la honte. Je pense que même si je m’étais vautré les gens ne m’auraient pas mal jugés, mais j’arrivais pas à me débarrasser de ce sentiment qu’il fallait montrer que j’étais un bon gamer. C’est con non ? En tout cas avec la team 360, on est entre de bonnes mains. La première fois c’était à Monaco pour le MAGS, j’avais une gueule de bois phénoménale et j’ai été minable sur Turtles in Time… Mais j’en garde malgré tout un excellent souvenir tant les 360 étaient super cools ! Je les aime ! Dédicace les mecs ! Luv u all ! tchuzz !

Y-a-t’il une personnalité du jeu vidéo que tu rêverais de rencontrer ? A contrario, est-ce qu’il y a quelqu’un de très réputé dans le milieu que tu pourrais croiser sans te retourner ?

Je rêve de rencontrer Nobuo Uematsu. C’est peut-être une réponse un peu en dehors des clous vu qu’il s’agit d’un musicos, mais ce mec, je voudrais juste lui dire merci. Il a énormément contribué au développement de mon sens mélodique. Par contre, je n’ai pas vraiment de Némésis du jeu vidéo, juste énormément de genres qui m’indiffèrent (danse, foot, ce genre de trucs…). Y’a de ça deux ou trois ans, j’aurais bien sermonné Miyamoto, mais on dirait que maintenant chez Nintendo ils font des efforts pour honorer leur premier public de gamer…

Dans toute ton histoire de gamer, quel est le jeu qui t’a le plus marqué ? Que ce soit parce que tu en cauchemardes encore, que tu ais la chair de poule rien qu’en y repensant, ou de quelque autre façon que ce soit.

A Link to the Past m’avait bien fait péter les plombs à sa sortie. J’allais à l’école habillé en Link et ma chambre était disposée comme la maison de Link au début du jeu. Links Awakening, Final Fantasy VII, la saga Legacy of Kain, il y en a tellement qui m’ont fait un effet dingue, comment veux-tu que je réponde à ça ? Je suis dingue de jeux vidéo. Amoureux. Fanatique. Obsédé. Ces titres, je n’y ai pas joué : je les ai vécu.

Nous avons assez parlé de rétro ! Quel est le jeu que tu attends de pied ferme en 2015 ?

Final Fantasy XV et Zelda WII U. Parce que ces deux titres vont définir l’avenir de ces deux licences comme jamais auparavant.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Avant de te libérer, je te laisse « libre antenne » pour passer le message que tu souhaites. Un bonjour à tes amis, un coup de coeur, un coup de gueule, aucun tabou et aucune limite, rien ne sera censuré !

J’ai envie de faire passer un message ultra important à tous ceux qui écrivent des scénarios en autodidacte :

Vous faites de la merde.
Tous.
Oui oui, sans exception.
Je sais de quoi je parle, j’en faisais partie.

Non, ce n’est pas parce que vous décortiquez les films et les séries comme un critique professionnel que vous êtes capable d’écrire. On ne peut pas connaitre la recette du plastique rien qu’en le regardant.
Il n’y a pas de don qui permette d’écrire un bon scénario. Il y a des « dons » pour la musique, la littérature, la peinture, la sculpture, la cuisine, l’écriture de pièces de théâtre même, mais l’écriture de scénarios : NON. Arrête. Sérieux.

J’ai payé très cher cette révélation qui s’est imposée à moi comme un coup de poing gigantesque. Je ne comprenais pas pourquoi mes épisodes manquaient de rythme, pourquoi les gens s’ennuyaient alors qu’il y avait de super gags et une direction artistique soignée. Et je n’ai pas capté suffisamment vite que si je ne comprenais pas, c’était parce qu’il me manquait une compétence cruciale. Résultat: un pilote sympa mais au rythme douteux et une demi saison chez Ankama véritablement chiante qui finit à la poubelle. Je suis dur je sais, mais maintenant que je sais, je me dois de transmettre.

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Allez, je vous explique :
L’écriture de scénarios repose sur un ensemble de méthodes que vous ne POUVEZ PAS deviner. Ce serait comme si vous compreniez instinctivement comment construire un ordinateur sans en avoir jamais ouvert un seul ni avoir entendu parler ne serait-ce que de la carte mère. Impossible. Pourquoi est-ce si difficile ? Parce qu’un bon scénario a lui aussi des entrailles qui ne peuvent fonctionner que d’une seule et unique façon précise, sans quoi votre public décrochera complètement de votre métrage, même s’il y a de bons acteurs, une image superbe, des FX de fous, des feintes hilarantes et que tout le monde vous a dit que c’était génial. Vous aurez juste gaspillé l’énergie d’une équipe de tournage complète afin d’apprendre que vous êtes mauvais sans méthode.

Une méthode ne formate pas votre histoire, elle vous offre la possibilité de vous exprimer. On peut comparer une méthode à une langue. Grâce au français, vous pouvez exprimer des milliers d’idées. Sans langue, vous seriez bien en peine d’exprimer quoi que ce soit de passionnant…
C’est pour ça que je reboot entièrement SaturdayMan et c’est pour ça que les nouveaux scénarios qu’on a écrit avec Gontran séduisent des producteurs qui ont de la bouteille : ils se tiennent.

Un bon scénar’ passe par une connaissance complète de l’univers dans lequel il se déroule, une biographie absolue de chaque personnage, une version de l’histoire par protagoniste, c’est un boulot de fou furieux. Vous devez instantanément être capable de dire ce que vos personnages aiment manger, penseraient de l’actualité, comment ont-ils découvert la masturbation, tout quoi ! Vous devez connaitre la science de votre univers, son histoire, ses lois, a-bso-lu-ment-tout !
Vous devez être un Dieu de votre monde, complet, incollable et abouti avant d’écrire la moindre ligne de dialogue.
Il ne s’agit pas d’être capable d’inventer ces détails au besoin, il s’agit véritablement de le savoir avant d’imaginer la moindre scène. Sans background, vous ferez inévitablement de la merde. Négligez un seul aspect de votre récit et ce sera la loose totale. Et il ne s’agit là que d’un détail de ce qui constitue la méthode d’écriture de scénarios.

Prenez-vous en main et achetez un putain de bouquin qui vous expliquera comment écrire.
Moi, c’est « Story » de Robert McKee qui a changé ma vie.
Allez, je vais même vous filer un lien bande de feignasses : http://www.amazon.fr/Story-structure-principes-l%C3%A9criture-sc%C3%A9nario/dp/2844811310/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1422469072&sr=8-1&keywords=story+robert+mckee
30€, c’est vraiment pas cher payé pour cette base indispensable à tout scénariste en herbe. Ne vous imaginez jamais au-dessus de ça, vous le paieriez cher et le regretteriez amèrement.

Allez hop, tous au travail, faisons des chef d’œuvres !

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4 thoughts on “Samuel « S-cape » Buisseret

  1. Très bonne interview encore une fois! je sais désormais d’ou vient cette magnifique table manette NES! Elle est vraiment à couper le souffle. Et le plus important surtout, je découvre une personnalité qui mérite d’être suivie 😉

  2. Superbe interview. Très intéressant, surtout le coup de gueule. Vivement la nouvelle version de SM, on croise les doigts.

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